She Said With Irony

Inspired by Enthusiasm.
26. London. @josephinegoube

Pourquoi pas

Je ne peux pas faire de récit factuel de ce voyage. Ou de récit touristique. Ca ne rimerai à rien. Ce qui m’intéresse c’est d’en décrire les mouvements de l’âme et de pensée. Ce que je cherche à décrire c’est le dépaysement depuis l’intérieur, d’un voyage dans une Fiat panda, avec des inconnus, d’Istanbul à Oulan Bator.

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On ne fait jamais l’expérience de l’étranger. L’étrange nous rapporte seulement à nous même, à nos valeurs et nous fait tout au plus faire un voyage intérieur là où se trouvent nos racines et ces quelques branches d’identité. On ne peut pas comprendre ce qui nous est étranger parce qu’on ne peut pas s’y attacher. Tout au plus peut-on le reconnaitre comme impropre à notre compréhension. 

Je partais au Kazakhstan cinq jours seule, sans conscience des risques, parce que j’avais décidé de quitter le groupe et de découvrir le pays par moi-même. Je n’ai pas vu le Kazakhstan comme un Kazakh. J’en ai fait l’expérience comme un pays en développement, l’ai découvert comme un pays à la culture nationale un peu vendue au pétrole et un peuple un chouilla arrogant de cette nouvelle richesse acquise par ses ressources fossiles.

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On peut parcourir le monde en croyant pouvoir fuir là d’où l’on vient, mais c’est avec fracas qu’on est rappelé à notre base. Partir à l’étranger, parvient à vous remettre à votre place, à vous rattraper à une vitesse et une violence avec des souvenirs, qui permets aux vraies questions de surgir, et à des réponses de se composer. Le vrai voyage n’est pas une distraction, ni un moment de repos. C’est avant tout une quête intérieure. Qui peut parfois ouvrir à la compréhension. C’est un choix de style de vie. C’était le choix pris de ce pilote d’avion de chasse, et ce directeur des services de police français à l’étranger que je rencontrais à Almaty. Ils ne parlaient pas d’un paradis qu’ils avaient voulu, ni trouvé ici. Ils prétendait ne pas savoir vraiment ce qu’ils étaient venus faire au Kazakhstan. La réponse ne les intéressaient pas tant, comme s’ils la connaissaient mais ne voulaient pas l’entendre. Ils étaient en Centre Asie, et on ne les emmerdait pas avec ces questions là. Pour moi, je comprenais plus tard que j’étais là parce que la peur du danger ne m’est pas familière, mais le goût de l’aventure et le désir d’indépendance beaucoup plus fortes. 

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Je suis partie comme je l’ai dit, en prétextant une rupture amoureuse brusque. C’était tout au juste un prétexte faussement banal et dramatique, masquant une bien populaire remise en question existentielle qui ne cesse jamais d’en finir. Une manière de masquer une profonde quête spirituelle. Peut être même que le garçon en question faisait partie d’un bout de ce voyage déjà, pour en inspirer les premiers mots de réponse. Après tout, je l’avais choisi parce qu’il était étranger à tout ce que je connaissais. Il venait d’Iran, et ne partageait en rien mes repères. Et c’est ça que j’aimais chez lui, la différence et la constante remise en question des normes.

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Le voyage a été chargé en émotions. J’ai beaucoup pleuré. De frustration, de panique, de tristesse, de colère et aussi de caprice. Tout finissait par retomber et faire sens, dans des rares moments de profonde contemplation extatique. Submergée par l’esthétique d’un paysage, provoquée par la référence historique d’un monument ou encore générées des rencontres sensuelles. Le voyage n’est pas seulement exploration visuelle des lieux et paysages, il est dans et souvent dans l’éveil des sensations gustatives, les provocations auditives, les surprises sensorielles et olfactives.

 

Je me souviendrai longtemps de l’odeur du délicieux riz d’Iran cuit à la vapeur mêlé de safran qui se dissout merveilleusement sous le palais, les gouttes d’eau chaudes coulant le long de mon corps sous les 45degrés du désert de Karakum auTurkménistan sans que je ne bouge et le silence complet et plein d’un désert Kazakh qui s’étends à perte de vue.

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 "Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure."

Antoine de St Exupéry.

La Mongolie. Pourquoi pas. Ce n’est pas que j’ai toujours crever d’envie d’y aller, mais c’est assez loin et puis ça veut dire aventure. Ca me va très bien. Des émotions fortes, pas de villes, des gens qui parlent des langues inconnues a mes oreilles et même des êtres qui ne parlent pas du tout comme des chevaux, des moutons ou encore des chameaux. Parfait.

Alors me voilà, préparant le périple sur mes cartes et les essentiels. Enfin pas vraiment. Jusqu’au dernier jour, je n’avais pas vraiment acheté quoi que ce soit quant aux élèments essentiels de survie dans le désert, des élèmentaires de réparation de voiture jusqu’à même mon vol pour Istanbul, acheté uniquement quelques heures auparavant.

Depuis le retour, on me demande le meilleur moment du voyage, le moment qui en cristalliserait l’expérience. il est difficile d’en définir un puisqu’il m’est difficile d’encapsuler la richesse des expériences et émotions qu’un voyage intense d’un mois, à travers 14 pays apporte.

Et étrangement, le moment le plus intense fut aussi celui le plus silencieux, intérieur et sans rapport réel avec le rally en équipe, la découverte d’une culture ou un fait extraordinaire. C’est tout au plus son contraire. Le souvenir le plus puissant de ce voyage fut aussi le plus simple et vide, le plus dénué de tout évènement. C’est cet arrêt sur le bord de la route entre la frontière iranienne et Turkmène.

Nous sommes sur une autoroute de nuit. Il nous reste 120 kilomètres à faire avant de rejoindre le point de contrôle de frontière vers le Turkménistan. Pas une voiture sur qui nous croise, ni qui nous suive. Nos phares seuls éclairent la route. C’est la pleine lune. Les lumières venues des villes se font de plus en plus rares derrière nous jusqu’à s’effacer au lointain. Le désert se découvre par le reflet de la pleine lune sur ses dunes. Contrastes de bleus marines. Au fil de la route, au détour d’un virage et après un tunnel obscur, voila qu’une vallée immense se livre à nous. Un désert vaste d’un milliers de kilomètres à perte de vue, des dunes qui se dessinent à l’ombre bleue de la lune. L’horizon se trace en contraste avec le ciel noir habillé par les étoiles. Je ralentis, sonne au garçon de me suivre et me gare sur la droite.

Le silence. L’experience du silence. C’est un peu un choc. Pas même un bruit d’insecte. Seul le désert immense et immobile embrassé par le ciel vaste, noir et étoilé. J’aimerais à dire que ce désert est silencieux. Mais c’est tout son contraire, ce silence est plein et chargé. Une indescriptible impression d’être là au centre du monde. Un sentiment puissant de repos, d’apaisement, de complétude et de totale dissolution avec les éléments. Le ciel et le désert. Pas de regard, pas d’homme, pas de juge, pas de temps, et pas réellement d’espace limité. C’était surement ça. Limitless, l’infini se livre au regard, et le sentiment d’être assez. Pour une rare fois. 

J’ai cru que je partais à cause d’un garçon. En fait, je partais pour me sauver. Me sauver de quoi et sauver quoi exactement, je ne le savais pas vraiment encore. Ou du moins ce n’était pas vraiment la question. Tout ce que je sais c’est qu’un après midi de Mai, un presque inconnu m’appelait pour m’inviter à rejoindre un petit groupe de cinq personnes pour un long voyage en voiture vers la Mongolie. La seconde d’après je disais oui. La minute d’après, je recherchais les procédures de visa nécessaire au voyage.

Il a bien fallu que la douleur soit forte pour que la fermeté de ma décision, si impulsive, se maintienne sur les quelques jours qui suivirent le coup de fil. Du moins, j’ai voulu croire. J’y ai cru de tout façon. Tsss… Prétexte et déni sont souvent mes meilleurs amis. Quoiqu’il en soit les quelques semaines plus tard, un à un, j’accumulais les tampons sur mon passeport. Comme des médailles, je revenais glorieuse chaque matin au bureau, un nouveau visa en poche, estampillé à mon nom.

 

J’allais aller loin. Grace à ces estampilles sur mon passeport, j’allais bientôt accéder à un far far away bien plus prometteur que ce que ne pouvais plus apprécier ici. Là où j’irai bientôt, là ou ca ira mieux, là loin des douleurs et des souvenirs, loin de lui et de ma vie qui ne me satisfait pas en ce moment. Quelques part ou mes souvenirs n’auront pas d’utilité et ou personne n’en fera appel. D’ailleurs personne ne me connaitra et qui ira s’enquérir de mes histoires et de ma vie là-bas. J’y étais déjà dans ma tête.

Man’s mind, once stretched by a new idea, never regains its original dimensions.” Oliver Wendel Holmes

 

Je sais bien que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Mais au moins, elle est différente. Elle est peut être un plus verte pomme que vert caca d’oie. Surement. En tout cas, la question ne se pose pas vraiment. Ce qui se pose c’est de voir ce vert pomme et de l’apprécier pour ce qu’il est, du vert pomme Golden. Apres on pourra dire ce que l’on veut. Si on aime, si c’est plus joli, si c’est moins brillant que le vert brillant agressif des pommes de Tesco ou de Waitrose. Ce qui m’intéressait, c’était de voir autre chose. De tourner la page aussi. 

Bouche ton oreille sensible, qui rembourre comme du coton
Ta conscience et rend sourde ton oreille intérieur.
Sois sans oreille, sans sens, sans pensée
Et prête l’oreille à l’appel de Dieu : « Reviens ! »
Notre discours et notre action sont le voyage extérieur,
Notre voyage intérieur est au-dessus du ciel.
Le corps voyage sur sa piste poussiéreuse ;
L’esprit marche, comme Jésus, sur la mer.

— Rumi, Masnavi I, 566-571 

And still, after all this time, the Sun has never said to the Earth,
“You owe me.”
Look what happens with love like that.
It lights up the sky.

Rumi

Christine and the Queens - Saint Claude (Kyu remix)

(Source: youtube.com)

Why I do what I do (on a much much much smaller scale) 

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